CONTRAINTES / OPPORTUNITÉS

L’inventivité des processus créatifs est souvent amplifiée par la contrainte.

Dans le champ de la recherche littéraire, L’Oulipo a particulièrement exploré cette voie.
En architecture, les contraintes sont omniprésentes.

Ramdam profite de celles-ci pour expérimenter des dispositifs techniques,
morphologiques, typologiques ou même sociaux,et faire surgir l’inattendu.
FABRIQUER

L’attrait pour l’expérimentation constructive conduit l’Atelier à porter, pour chaque projet, une attention particulière à la dimension technique et à tirer bénéfice des contraintes pour tester des solutions situées.

↘ Scierie, Corzé [49]

Ce projet "matrice" de l'atelier Ramdam est emblématique d'une démarche développée par l'Atelier, inspirée de l'Oulipo, consistant à fixer des règles strictes et à travailler le projet à partir de ces contraintes. La recherche d'économie et d'optimisation du stock de bois disponible a conduit à dessiner le projet selon les ressources et machines présentes sur site.  Les mesures du calepinage de façade ont, par exemple, été choisies pour minimiser les pertes, l'outillage présent sur place a déterminé les modes d'assemblages des pièces de bois. La simplicité de mise en œuvre assure une démontabilité future elle-même simplifiée.

↘ Mellinet, Nantes [44]

Le projet explore l'utilisation du béton de chanvre pour une opération de grande ampleur et inédite en France. L'écriture architecturale de ce projet découle de règles constructives simples. L'expérimentation constructive a ici consisté à proposer un dispositif technique basé sur trois éléments : une ossature bois, des modules de béton de chanvre forment la façade, et des corniches filantes règlant plusieurs enjeux (protection au feu et à l'eau notamment).

↘ Boursault, Paris 17

La principale contrainte, dans ce projet de 12 logements locatifs sociaux, réside dans la faible largeur de la parcelle. Afin de libérer l'espace et de proposer des  logements traversants, une solution constructive a été développée, consistant à réaliser des planchers en console, en appui sur un noyau central concentant aussi les salles de bain et les cuisines. Cette solution a permis de s'affranchir de porteurs périphériques, en particulier au droit des mitoyens, et de gagner ainsi de la surface habitable et de la flexibilité dans le plan.


SITUER

Plusieurs projets menés par Ramdam se caractérisent par des situations urbaines fortement contraintes. Loin d’être des entraves à l’inventivité, ces contextes sont autant d’opportunités. 

↘ Vouillé, Paris 15

La contrainte principale de l’immeuble VOUILLÉ tient à sa situation urbaine. Implanté dans le tissu faubourien parisien, l'édifice doit composer avec une forte hétérogénéité : la parcelle se situe entre un immeuble de 10 étages et un petit édifice R+1. Cette situation déséquilibrée, loin d'être un obstacle à l'inventivité, a au contraire généré un travail de retraits étagés permettant d'ouvrir des vues, de faire entrer la lumière naturelle et de créer des terrasses destinées aux habitants.

↘ Pantin, Pantin [93]

Au pied du côteau de Romainville, sur une parcelle étroite, la halle sportive est conçue en lien fort avec le paysage, permettant, par une grande terrasse en belvédère non prévue dans le programme, de révéler le territoire pantinois. Organisé dans la profondeur, le bâtiment tourne cette situation contrainte en qualité, en  multipliant les parcours ente intérieur et extérieur et en dynamisant l'expérience architecturale.


RÉASSOCIER

La question sociale et l’engagement pour une défense du commun sont à la base de la pratique de Ramdam. Les projets « matrices » de l’atelier ont mis en évidence à quel point les enjeux architecturaux et urbains sont imbriqués avec ceux de la coexistence sociale. Les situations socialement hétérogènes, voire conflictuelles, sont paradoxalement celles qui se prêtent le mieux à inventer du commun, à réassocier les habitants autour d’un projet collectif.

↘ Contenot-Decaen, Paris 12

Dans le projet de Contenot Decaen, la résidence était scindée entre deux populations de générations différentes qui ne se rencontraient pas. De vastes travaux de requalification et de remise aux normes ont été engagés. Le projet de Ramdam, tout en répondant aux attentes de la commande, a profité de cette situation de bouleversement constituée par le chantier, pour inventer non seulement des dispositifs spatiaux mais également des modes de réconciliation par une implication des habitants, et notamment des enfants, dans le processus. En conférant la responsabilité d'un espace non-défini à un groupe d'habitants motivés, une réelle appropriation a pu avoir lieu, consolidant les liens sociaux au sein de la résidence.

↘ Au Bon Coin, Saint-Denis [93]

Le projet du Bon Coin fait partie des projets matrices de l'atelier Ramdam, témoignant d'un engagement social fort. La réhabilitation du bâtiment et son extension ont été l'occasion de poursuivre un processus inclusif : en occupant le bâtiment avec des artistes, en invitant la population dans le lieu, en travaillant avec une entreprise de réinsertion, le Bon Coin a mis l'architecture au service de la réactivation du lien social.

PRÉCISION / OUVERTURE

Tout au long du processus de conception, la précision du dessin
est mise au service d’un enrichissement du projet, non pour le figer,
mais pour laisser advenir ses potentialités.
ÉMERGENCES

Le travail de la forme commence chez Ramdam par une forme floue, une évocation, une potentialité, souvent inspirée de la situation urbaine, géographique, mais aussi parfois d’images sensibles ou archétypales. C’est par le dessin que cette forme émergente devient tracé concret et contextualisé. 

↘ Vouillé, Paris 15

C'est ici l'image de la falaise qui s'est imposée et a guidé la conception. Celle-ci permet de régler la forte différence de hauteur entre les deux bâtiments voisins, de générer des terrasses étagées et, par un travail de bouchardage du béton, de capter la lumière selon différents angles.

↘ Scierie, Corzé [49]

L'archétype de la cabane primitive, du grand toit protecteur, a émergé pour cet édifice d'accueil intallé dans la scierie. À partir de cette image archétypale, l'édifice explore le bois sous différentes formes, de la plus archaïque à la plus dessinée.


SIMPLIFICATIONS

Le dessin vise, dans la démarche de Ramdam, à renvoyer la forme à son essence, dans une logique de simplification. Cette dernière s’acquiert par un processus de reprise et d’épure. La démarche s’inscrit dans une économie de moyens : du plan au détail, il s’agit de faire avec moins.

↘ Romanet, Nantes [44]

Le choix de faire trois bâtiments, intéressant du point de vue des espaces communs urbains et de la qualité d'exposition des logements, a conduit à travailler avec une grande économie de moyens. Dans ce contexte d'un budget maîtrisée, la simplicité des volumétries et l'utilisation de matériaux modestes a permis de déployer des surfaces généreuses pour les logements, de créer des loggias, des terrasses  et d'offrir des doubles expositions à tous les appartements. Les dimensions et mesures des fenêtres constituent une des attentions les plus fortes de ce projet.

↘ Mellinet, Nantes [44]

Le processus de simplification s'entend ici à deux niveaux. D'une part dans la conception de volumétries simples de 2, 4 et 6 étages, inspirées des bâtiments de la caserne. D'autre part dans le dispositif technique proposant, en façade, des murs glissants en béton de chanvre. Ces panneaux, inscrits dans la trame horizontales des façades, jouent de décalages et rompent ainsi avec la rigidité monotone de la grille qui déplaisait tant aux maîtres d'ouvrage qu'aux habitants eux-mêmes.


DESSINS OUVERTS

Le dessin n’est pas, chez Ramdam, destiné à produire un contrôle rigide des usages. Au contraire, le pari consiste à mettre cette précision au service d’une ouverture aux possibles et à l’imprévisibilité, aux détournements imprévus, aux effets du temps

↘ Rateau, La Coureneuve [93]

Très réglé géométriquement, l'immeuble offre, par cette rationalité même, des possibilités variées. Les deux façades présentent la même trame mais recèlent pourtant des appropriations différenciées en faisant varier la position de la menuiserie. En outre, la typologie en double duplex permet de laisser totalement libres les grands séjours traversants.

↘ Pantin, Pantin [93]

La grande terrasse ouvrant sur le stade et le paysage pantinois, non prévue initialement au programme, constitue un élément fort du projet. Pensée comme un belvédère, mais aussi comme un lieu partagé, accueillant des pratiques en plein air, elle se présente comme un espace ouvert aux possibles, aux rencontres imprévues.


GÉOMÉTRIES

Les différents édifices conçus par l’Atelier Ramdam se caractérisent par une forte présence de la géométrie. Les lignes génératrices structurent le projet, soulignent des dispositifs, des relations au sol, aux perspectives, délimitent des cadres où s’expriment la diversité de l’habité.

↘ Boursault, Paris 17

Afin de composer la façade de cet édifice inséré entre deux immeubles aux écritures bien distinctes, Ramdam a mis en place des lignes génératrices horizontales, reprenant les hauteurs d'étages, de corniches et de balcons des voisins. Discrète, cette utilisation de la géométrie tisse  néanmoins des relations profondes aux existants et, ce faisant, participe à redonner une cohérence à la rue.

↘ Amir, Nantes [44]

Dans cet ensemble de trois bâtiments situés sur l'île de Nantes, les deux édifices conçus pas Ramdam se distinguent par une écriture à la géométrie réglée. Le dispositif des corniches est utilisé, comme dans d'autres projets de l'atelier, pour gérer des problématiques techniques et pour appuyer des lignes génératrices horizontales structurantes. Par exemple, le porche qui fait le trait d'union entre les deux bâtiments, en même temps qu'il encadre un espace intérieur et extérieur, assure des tissages géométriques forts entre les deux édifices.

PERENNITÉ / FUGACITÉ

Entre la longue durée et les variations éphémères,
le temps joue un rôle fondamental dans la démarche de Ramdam.
INTERVENIR DANS LA TRANSITION 

Les situations urbaines dans lesquelles l’Atelier Ramdam est amené à intervenir sont caractérisées par des dynamiques de transformations : dents creuses, quartiers périurbains en mutation, franges, marges, interstices divers… Ces entre-deux ne sont pas seulement spatiaux, ils sont aussi temporels et poussent à s’inscrire dans les temps de la ville, entre héritage et anticipation. 

↘ Rateau, La Coureneuve [93]

L'édifice, comprenant six logements sociaux, prend place dans un tissu diffus, en transition, de La Courneuve.  Le parti pris de ce projet a été de rendre visible cette transition, de se tenir dans cette ambiguité entre l'époque qui s'achève et celle qui s'annonce. La volumétrie de ce monolithe noir de R+4 tranche avec ses voisins immédiats de R+1, mais accompagne une transformation en cours du quartier, sensible lorsque l'on prend du recul. Le traitement des pignons de la même façon que les façades permet de révéler cet entre-temps.

↘ Ajoncs, Le Mans [72]

Le projet de 73 logements s'implante à l'entrée de la ville du Mans, dans un tissu hétéroclite composé de pavillonnaire, de petits intermédiaires et d'espaces verts. La proposition consiste à développer un principe d'organisation du quartier en lanières, permettant tout à la fois d'intégrer l'existant, en reprenant des tracés hérités, de retrouver une cohérence par une hiérarchisation des parcours, et de préparer la transformation du secteur. En effet, alors que le projet ne concerne qu'une portion de l'îlot, il induit les règles d'un schéma directeur pouvant présider aux tranches futures.

↘ Châteaudun, Paris 9

La sédimentation de la ville sur elle-même passe aussi par les intérieurs. Ce projet de transformation d'un immeuble hausmannien tire avantage des qualités de la typologie et des éléments existants (parquets, cheminées, radiateurs). Il consiste à hybrider ces formes héritées et une proposition d'aménagements contemporains capables d'accueillir les modes de vie actuels.Ainsi, à la manière d'un palimpseste, sont superposés le plan existant en enfilade, et un plan structé autour d'un couloir distributif. En outre, la distinction entre l'existant et les ajouts est rendue visible par un choix colorimétrique assumé.


VARIATIONS

Tout bâtiment varie, s’altère, c’est-à-dire « devient autre », que ce soit par le travail du temps sur la matière, par les appropriations des habitants ou encore par le déploiement du vivant. Ces deux effets du temps sont accueillis avec bienveillance dans les projets de Ramdam, ils participent à un enrichissement de l’architecture tant sur le plan sensible que sur celui des usages.

↘ Lathuille, Paris 18

Pour ce projet de logements, Ramdam a fait le choix responsable du châtaigner, une essence bien implantée en France,  pour réaliser le bardage en façade et les volets coulissants. Ne nécessitant pas de traitement, le châtaigner se patine naturellement avec le temps, laissant apparaître sa matérialité vivante. Mais le travail sur la variation ne s'arrête pas là : la mobilité des volets coulissants anime la façade selon les désirs des habitants et participe ainsi à une variation contrôlée de l'esthétique de l'édifice.

↘ Les Echats, Beaucouzé [49]

Insérés dans un environnement fortement boisé, les quatre bâtiments composant cet ensemble de 32 logements composent avec l'évolution du paysage. La couleur rouge du bardage joue, selon les saisons, du contraste ou de la continuité avec la strate végétale. Les édifices cadrent des paysages lointains ou proches, ouverts ou fermés, évoluant tout au long de l'année selon la saisonalité.

CHEZ-SOI / ENSEMBLE

L’architecture est toujours, pour Ramdam,
mise au service d’une expérience dynamique au cours de laquelle
l’espace se déploie par séquences entre le commun et les sphères intimes.
INTERSTICES ACTIFS

Les séquences qui articulent les lieux de vie sont, dans les projets de Ramdam, des entre-deux actifs. De formes diverses (cheminements, seuils, frontages, etc.) et d’échelles variées, ils sont caractérisés par des ambiguïtés. Ils permettent tout à la fois de séparer et de relier les espaces habités.

↘ Sycomore, Bussy-St-Georges [77] 

Ramdam a cherché la juste mesure entre une compacité nécessaire pour limiter l’étalement urbain et la demande d’espace légitime de chacun.Les "interstices actifs" permettent tout à la fois de ménager les distances et de  favoriser les possibilités de rencontres. Ils s'incarnent par exemple dans les venelles serpentant entre les jardins privatifs, les placettes, les seuils, les limites plus ou moins poreuses. Ces dispositifs diversifient les possibilités d'entrer dans les logements, offrant pour chacun d'eux des accès plus publics et d'autres plus privés.

↘ Romanet, Nantes [44]

Prenant place sur une parcelle elle-même en situation d'interstice, le jeu des transitions spatiales mis en oeuvre par le projet s'entend à plusieurs niveaux. 
À l'échelle du quartier, la morphologie des édifices proposés contribue à dialoguer avec les immeubles voisins : une longue barre côté ouest et un système de plots côté est. Fragmentée en trois, la composition permet aussi d'assurer une porosité entre deux grands espace ouverts : un espace vert résidentiel au sud et une plaine sportive au nord. Cette logique d'interstice se prolonge entre les trois édifices, par un coeur d'îlot pensé comme un jardin ménageant des distances entre les traversées publiques et les frontages des édifices. Enfin, les porches jouent eux-aussi sur ces phénomènes intermédiaires : insérés dans les angles des édifices, ils s'ouvrent sur l'espace du jardin central. 


VOIR / ÊTRE VU

Cette réflexion sur les espaces du commun se double souvent d’une attention aux phénomènes de co-visibilité : les cadrages, les perspectives visuelles offertes par les dispositifs ne convergent pas mais au contraire offrent des lignes de fuite, multiplient les points de vue. La capacité à faire coexister des habitants dans leurs différences, à faire monde commun, réside dans ce jeu de perspectives qui pluralise le regard porté sur une même réalité.

↘ Amir, Nantes [44]

La circulation au sein de l'ensemble de logements s'apparente à une promenade scénographique, faite de tours et de détours, de retournements, de percées visuelles. Les espaces parcourus sont à la fois des lieux d'où voir, et des lieux à voir, faisant écho à l'idée de Luigi Snozzi selon laquelle la promenade permet de développer différents points de vue et de voir autrement des espaces déjà parcourus.

↘ Pantin, Pantin [93]

Un des enjeux de cette halle multi-sports consistait à organiser les relations entre les différentes pratiques sportives présentes au sein de l'édifice. La conception d'un parcours, l'accentuation des relations entre intérieur et extérieur par le soin apporté aux détails des menuiseries, mais aussi  les événements qui, comme la grande terrasse, ponctuent le cheminement, sont autant de manières de mettre en place une covisibilité entre gestes, lieux, ambiances dédiées au sport sous toutes ses formes.